Delta

HISTORIQUE

Le deltaplane est un appareil volant, adaptant l’aile Rogallo au concept inventé dans les années 1980 par Otto Lilienthal.

À la fin des années 1950, l’ingénieur Francis Rogallo travaille sur une aile destinée à équiper les capsules spatiales pour la rentrée dans l’atmosphère. Cette aile doit être légère, pliante, facile à mettre en œuvre, etc. Ses travaux débouchent sur une aile en toile souple triangulaire. La forme volumique de la toile est donnée par la pression du vent. Les premiers tests sur cerf-volant sont concluants, mais le projet n’est pas retenu pour les capsules spatiales (on préférera le classique parachute fessier). Par la suite, on pensera à utiliser cette aile pour s’élancer d’une hauteur. L’aile Rogallo de base a de gros défauts, particulièrement celui de perdre sa forme dans certaines circonstances (la toile se met à plat). Dans ce cas, elle ne porte plus du tout, et c’est le crash assuré. La première évolution a consisté à mettre un mât au-dessus de l’aile, afin de garder la toile toujours en état de vol grâce à des haubans.

Figure mondiale du parachutisme et un des précurseurs du deltaplane, Léo Valentin est parfois considéré comme le premier « homme-oiseau », même si le terme est excessif, son équipement lui permettant seulement de planer et non de voler et l’obligeant à l’usage d’un parachute, qu’il ouvrait en général à 1 000 m du sol, pour se poser.

Deux problèmes se posaient alors, d’une part des voilures très souples dont les qualités de stabilité étaient très réduites (risques de départs en piqué incontrôlable), d’autre part la qualité des matériaux ainsi que la frêle expérience des constructeurs rendaient les risques de rupture en vol importants. Ce n’est que dans les années 1960 que des pionniers passablement téméraires utilisèrent cette invention pour rejoindre et imiter les oiseaux et qu’apparurent des ailes delta de plus en plus opérationnelles. Bill Moyes, ingénieur australien qui avait travaillé pour la NASA, conçut cette année-là une aile delta de 4,5 mètres carrés. Le 4 juillet 1969, son associé et compatriote Bill Benett démarra à skis tiré par un canot à moteur, puis se détacha du canot et survola la statue de la Liberté.

En France, le club Hommes Oiseaux est créé par Jacky Roux et Richard Vaudaux qui sont parmi, si ce n’est les premiers, à pratiquer le deltaplane en France. Le matériel était alors importé des États-Unis et les pilotes effectuaient des bricolages-maisons pour améliorer leur matériel. Leur vols s’effectuaient depuis plusieurs sommet du Chablais : Ubine, mont Bernand à Bernex, Vailly, Habère-poche, au col de Feu (sur le versant Lullin) ou depuis Thollon. Plusieurs membres du club effectueront quelques exploits comme l’envol depuis la Dent d’Oche par Jacques Martinerie, sur les pentes de l’Etna en 1977 alors en grande activité et le survol du premier open de Monaco en 1975. La première aile fabriquée en France, le « Manta », est vendue par Bernard Danis qui, parmi les pionniers, s’élança du puy de Dôme en 1973.

Afin de gagner en performance, les deltaplanes modernes sont équipés d’une aile à double surface, c’est-à-dire ayant, comme les ailes d’avions, un extrados et un intrados : des lattes, ou longerons, servent à conserver le profil de l’aile. Dans les années 1990, les progrès des matériaux (alliages de métaux, composites, plastiques et fibre de verre ou de carbone) ont permis la fabrication de deltaplanes d’abord sans mât ni haubans, puis à ailes rigides. Le manque de fiabilité des appareils et la formation un peu sauvage des premières années ont contribué aux nombreux accidents et à la mauvaise réputation initiale du deltaplane. À la fin du XXe siècle, l’appareil est plus sûr et la formation plus professionnelle.

Ces améliorations de la fiabilité et des cursus de formation, combinées à une médiatisation croissante, ainsi qu’à l’organisation d’événements tels que la Coupe Icare en France, ont permis dans un premier temps un certain essor du deltaplane. Cet essor fut ensuite compromis par le développement d’un nouveau type d’aéronef : le parapente. Ce dernier, ressenti comme plus facile à utiliser que le deltaplane (stockage, transport, …) marginalisa progressivement le deltaplane dans la pratique du vol libre. Pourtant, le deltaplane conserve ses qualités propres (meilleure finesse, vitesse de vol supérieure, position du pilote horizontale à la manière d’un oiseau, plus grande durée de vie…) qui lui permettent de continuer à compter dans le monde entier de très nombreux pratiquants.